Texte


Téléchargements


 

"À Angoulême, Quark accueille (jusqu’au 16 décembre 2012) le travail d’Estelle DeschampRien qu’une lecture des titres de ses oeuvres sur son site personnel permet d’envisager l’étendue de ses références. Celle ci renvoient, entre autres : à un menu fast-food, à de la musique industrielle, à des locutions latines, au culte mortuaire, au barbecue et à la peinture de genre. Tout cela se traduisant essentiellement sous la forme de sculptures, installations et montages photographiques et utilisant des matériaux qui se justifient par deux qualités principales : peu onéreux et simples à manipuler. À partir de cela, Estelle Deschamp compose et en substance, c’est beau comme la rencontre fortuite sur photoshop d’un sac de plâtre et d’une scie circulaire.

Chez Estelle Deschamp, la préciosité est plutôt maltraitée. Radicalité et expérimentation viennent de bon coeur défier les fioritures. Les détails sont retenus pour ce qu’ils ont de plus excessifs et inutiles (socle, moulure, placage type trompe-l’oeil, encadrement) et viennent, comme pur décorum, se greffer aux structures inachevées. Pour exemple, son installation Capriccio présentée dans l’exposition. En référence au genre pictural, des colonnes de placoplatre au style antique, sont disposées çà et là, la plupart couchées, pour former un paysage de ruines. Mais si la fabrique de ruines était une pratique fort chic pour qui voulait s’encanailler dans les jardins des 18e et 19e siècles, ici, leur puissance romantique équivaut à celle d’une visite chez Jardiland…

Comme en chantier, l’ensemble est précaire. Le placo est brut, le mortier est visible, les colonnes sont creuses, les moulures et supports de plâtres dénoncent eux-mêmes leur inutilité, les échelles sont réduites. Défonctionnalisés, les éléments valent pour leurs natures dans un grand jeu d’oxymores entre formes classiques et matériaux contemporains. Triptôn est un bas-relief de contreplaqué brut qui vient se fixer au bas d’un mur de l’espace d’exposition. À l’intérieur, des cadres, circonscrits par des moulures de bois, accueillent des photos d’écume marine.

Dans ce contexte, et aussi grâce à un dosage forcé des verts, ces images transmutent en placages de marbres émeraudes. Une composition totalement cheap qui fait basculer l’ensemble vers le soubassement d’une architecture pompeuse, à moins que ce ne soit le profil d’un tombeau ou, encore, le design d’un comptoir de bar… Privé de tout faste, l’artifice explose. Rien n’y résiste – et surtout pas les conditions du culte ou du symbole qui se dévoilent comme pures constructions. Alors comme un défi : extraire, défaire, reconstruire, re-défaire et essayer encore, le jeu de composition semble sans fin pour explorer les autres états possibles."

Hélène Dantic

    Sorry : no file yet !